De l’épuisement du rejet
Fils de cotons, textiles et métal récupérés, bois, son
Dimensions variables
2023-26




De l’épuisement du rejet est un corpus constitué de sept éléments : un amas de vêtements, une longue tenture tissée, des cocons tissés suspendus, une série de papiers, des objets-reliques, et des blocs de textiles compactés ; le tout accompagné par une ambiance sonore.

Ce projet est né d’une expérience personnelle qui m’a poussée à explorer la notion de rejet.
Ces sept éléments ont tous été confectionnés à partir des mêmes vêtements récupérés auprès de Renaissance, appelés « rejets » : les vêtements dont plus personne ne veut, ni leurs premiers propriétaires, ni les visiteurs des magasins et du centre de liquidation.

Ces rejets représentent des quantités astronomiques de vêtements, passant en flux continu du magasin à l’entrepôt avant d’être expédiés à l’étranger sous forme de cubes géants.
La masse de vêtements de couleurs représente ce volume démesuré. Elle est la matière première de tous les éléments du corpus et pourra être présentée sous la forme d’une pile au sol ou bien suspendue au plafond.

Ces vêtements ont fait l’objet d’un long processus de transformation, sans qu’aucun fragment de matière ne soit jeté.

J’ai d’abord sélectionné les vêtements blancs, que j’ai ensuite lavés et disséqués afin d’en extraire des pelotes à partir desquelles j’ai créé la tenture murale tissée. Cette tenture est d’une blancheur relative, la juxtaposition des différentes sortes de blanc faisant ressortir ses nuances et textures.

Les cocons, tissés à partir des mêmes pelotes que la tenture, constituent la troisième pièce de cet ensemble. Ces derniers gardent une ouverture pour permettre à un membre ou même à un corps de s’y glisser, pour se déposer quelques instants.

Après la création des pelotes, il m’est resté des retailles. À partir des retailles organiques, j’ai réalisé de la pâte à papier dans laquelle j’ai incorporé les retailles de tissus synthétiques pour produire une série de feuilles de papier qui composent le quatrième élément du corpus.

La cinquième entité du corpus est une collection d’objets-reliques, trésors découverts lors de la dissection des vêtements : un morceau de dentelle, un pompon, une manche… Dans la violence du processus de transformation, j’ai voulu les conserver précieusement et les exposer comme des vestiges précieux.

Enfin, les morceaux non retenus à l’issue du processus ont été compressés en petits paquets, échos miniatures aux ballots de vêtements industriels expédiés en flux continu à l’étranger.

L’installation est accompagnée d’une ambiance sonore composée des bruits issus du processus de transformation : le bruit des vêtements que l’on déchire, des fils que l’on coupe, le clapotis de l’eau lors de la confection des papiers... J’y ai également intégré ma voix, lisant une cinquantaine de témoignages de rejet recueillis auprès du public.